Résumé
Des nouvelles données ont permis d’établir un lien entre les troubles du métabolisme humain et le microbiome intestinal, qui fait preuve d’une importante capacité de modulation du métabolome hôte, y compris les taux d’acide biliaire circulant (AB) et d’acides aminés. Des études récentes ont également révélé l’influence des médicaments oraux sur les microbes intestinaux. Toutefois, il manque encore des informations détaillées sur la façon dont le microbiome intestinal et le métabolome de l’hôte changent en réaction au traitement.
Nous avons effectué des analyses métagénomiques et métabolomiques sur deux cohortes indépendantes. Chez des patients (n=51) diabétiques de type 2 naïfs (T2D) traités à l’acarbose, mais pas à la glipizide, nous avons observé une abondance accrue en Lactobacillus et Bifidobacterium spp., une raréfaction de Bacteroides spp., une augmentation du taux plasmatique des AB non conjugués ainsi que du rapport AB primaires/secondaires. En outre, comparés à des patients avec un entérotype Prevotella de référence, des patients avec un entérotype Bacteroides de référence ont mieux réagi au traitement à l’acarbose, en présentant une amélioration de la résistance à l’insuline et des profils d’AB plasmatiques. Dans une cohorte composée à la fois de jeunes Chinois minces et obèses, nous avons constaté, chez les individus obèses, que le nombre de Bacteroides thetaiotaomicron hébergeant des enzymes de fermentation du glutamate était significativement plus bas et qu’il était inversement corrélé au taux de glutamate sérique. De la même manière, des souris gavées au B. thetaiotaomicron ont présenté une réduction du taux plasmatique de glutamate ainsi qu’une atténuation de la prise de poids et de l’adiposité induites par l’alimentation. En outre, on a pu constater, chez des patients obèses qui avaient subi une gastrectomie en manchon (‘Sleeve gastrectomy’) pour perdre du poids, une inversion des phénomènes de raréfaction de B. thetaiotaomicron et de taux sérique élevé de glutamate.
Nos résultats mettent en évidence des interactions jusqu’ici ignorées entre le microbiote intestinal et les traitements préventifs et curatifs des troubles métaboliques du métabolome de l’hôte. Ceci illustre le potentiel d’une stratification des patients préalable au traitement et celui d’une stratégie des soins reposant sur le microbiote intestinal.

